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Les fouilles gallo-romaines à Taviers

Cette page est largement inspirée du livre «Taviers gallo-romain» par Fabienne Vilvorder et Laurent Verslyp
copyright Société Archéologique de Namur rue de Fer 35 – 5000 Namur 081.840.200 info@lasan.be
avec son aimable autorisation.
Le vocabulaire précis et rigoureux des auteurs a toutefois été simplifié pour permettre sa compréhension en milieu scolaire.
Ce livre est en vente au prix de 29 € au 35 rue de Fer à Namur

Le site de Taviers a connu trois campagnes de fouilles: vers 1860 et en 1953 par la Société Archéologique de Namur, et en 2019 par le Centre de Recherches d’Archéologie nationale (CRAN) de l’UCLouvain. Elles ont mis à jour les traces d'une agglomération routière, née d’un gîte d'étape (mansio). Il était situé le long de la chaussée romaine reliant Boulogne à Cologne, probablement au premier siècle. Taviers viendrait du latin "taberna", taverne.

1. Emplacement

Les fouilles ont été entreprises entre la chaussée romaine et la limite de commune avec Ramillies, juste à l'ouest de la "route de Ramillies" (rue de la Frêtes à Ramillies).

Plan des fouilles

2. Découvertes

Si peu de vestiges de la voirie ont été trouvés sur le terrain, les premières constructions, établies de part et d’autre de la route, remontent au milieu du Ier siècle. Il s’agit de deux celliers et d’un puits à coffrage en bois fouillés dans le secteur sud-ouest. Ces modestes habitats seront remplacés vers 70 apr. J.-C., par des bâtisses allongées, initialement construites en bois et en torchisMélange d'argile et de paille sur ossature de poteaux.

Dans le courant du IIe siècle, ces bâtisses seront à leur tour remplacées par des constructions sur solins fondation légère en pierre, destinée à isoler le mur des remontées d'humidité , à l’image du grand bâtiment partiellement dégagé dans le secteur central. Sans doute précédé d’un portique, il était subdivisé par au moins un mur de refend Mur intérieur qui supporte la toiture
Les ruines d’une cave située à l’extrémité ouest de l’aire explorée, révèlent, quant à elles, l’emplacement d’un second bâtiment à front de rue.

Les fouilles entreprises en 1953 ont mis à jour une stèle votive dédiée au dieu Apollon:
stèle votive
Trois puits sont en fonction durant les IIe et IIIe siècles. Jouxtant le grand bâtiment du secteur central, le premier, maçonné en pierre, borde la route et est manifestement accessible aux voyageurs au sein d’un espace public. La découverte du squelette d’un jeune homme jeté dans le puits, aux côtés d’un chaudron, d’un seau ou encore de divers éléments d’une roue en bois, fait penser à un éventuel acte rituel qui en aurait accompagné la fermeture, dans le courant de la seconde moitié du IIIe siècle.
Un autre puits semble bien appartenir à un espace religieux dont le statut public ou privé ne peut être établi.

Il serait tentant d’attribuer la provenance d’une partie des débris de monuments sculptés en pierres blanches calcaires à un espace religieux. Le fragment de torse nu évoque le dos d’un satyre, et la sculpture juvénile un Éros dieu de l’Amour dans la mythologie grecque . Les guirlandes végétales et autres ornements architectoniques pourraient aussi avoir décoré un puteal Dans la Rome antique, lieu frappé par la foudre et de ce fait considéré comme sacré. Il était entouré d'une margelle de puits pour éviter qu'on le piétine.
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3. Les routes d'accès

Outre la chaussée Bavay-Cologne, une voie secondaire reliait l’agglomération au port de Namur où le chargement des bateaux était transféré sur des charrettes. On peut supposer que ce diverticule arrivait par Leuze (villa romaine du Pirou et tumulus du Roissia), puis Bolinne. Elle a certainement joué un rôle important dans l’acheminement de marchandises vers Taviers.

Entre Leuze et Bolinne, un autre chemin rejoignait la chaussée romaine via Hanret (où les fouilles de 1851 ont permis de recueillir des objets d'époque au Tombois et sous deux tumuli ensuite rasés au "Noir Trou"), Montigny et Boneffe.

De Taviers, empruntant le vallon naturel, la route de Namur prenait la direction de Tirlemont, vers le Nord.
La pierre de Chémery dans laquelle sont taillées les sculptures de Taviers, extraite sur les Côtes de Meuse, a dû être transportée sur des embarcations fluviales jusqu'au port de Namur. Mais généralement, un transport routier approvisionnant directement Taviers par l’axe Boulogne-Cologne semble privilégié.

4. Objets d'époque

Pièces de monnaie L’activité économique du site, axée principalement sur son rôle d’étape au croisement de la voie romaine Bavay-Cologne et de la route Namur-Tirlemont, reste difficile à préciser vu la surface réduite des fouilles qui y ont été entreprises.
Quelques pièces de harnachement en bronze, des éléments en fer et le nombre élevé d’ossements chevalins témoignent de sa fonction routière. Monnaies, plateau de balance en fer ou encore poids en pierre viennent aussi illustrer sa vocation commerciale. La métallurgie des alliages à base de cuivre est également attestée par quelques fragments de creusets et déchets.
As Pièce de monnaie romaine, en cuivre d’Auguste et sesterce d’Hadrien.

4.1 L’abondant mobilier récolté montre la diversité des circuits d’approvisionnement de l’agglomération.
Fragments de poteries La vaisselle de table en terre sigillée recouverte d'un vernis rouge et souvent frappée d'un sceau (sigillium) et de motifs en relief provient des nombreux sites de fabrication de céramique en Gaule. Plus particulièrement:
- des amphores à huile d’olives d'Andalousie et à vin de Narbonnaise,
- quelques vaisselles en céramique belge issues des ateliers de Braives ou encore de Tirlemont ont été identifiées au sein du mobilier du Ier siècle.
- à partir de la seconde moitié du IIe siècle, les productions mosanes occupent une part importante dans l’approvisionnement en céramique aux côtés des officines de Tirlemont. Elles prédominent au sein des batteries de cuisine et des céramiques à usage domestique.
Le musée archéologique de Namur a recueilli aussi les objets trouvés à Hanret et Taviers.
Cheval Fragment de chapiteau Torse en calcaire

4.2 Les nouvelles habitudes alimentaires témoignent aussi de l’influence de la romanisation. Outre la consommation d’huile d’olive et de vin méditerranéens, les quelques écailles de coquilles d’huîtres qui les reflètent rappellent aussi que l’importation de fruits de mer à consommer frais impose l’organisation d’un transport efficient et donc rapide.
Enfin, l’analyse des rejets de consommation indique la place prédominante de la viande de boeuf dans l’alimentation carnée, suivie par celles du porc et, dans une moindre mesure, des caprinés.

5. Fin du site

Toutes les structures sont définitivement abandonnées dans le dernier tiers du IIIe siècle et sont rasées pour faire place à une fortification. Confrontée aux menaces répétées d’incursions par voie routière, l’autorité romaine établit un contrôle militaire de la route. À Taviers, il comprend plusieurs phases de construction et d’aménagement d’un fortin ceint d’une succession de fossés, de palissades et doté d’un rempart en terre et en bois.
Plusieurs indices permettent de suspecter l’édification d’une tour de garde au centre de la forteresse durant la période de l'empereur Constantin dans la première moitié du IVe siècle. La fortification sera encore occupée ou réoccupée jusque dans le troisième quart de ce même siècle au moins.

Nul ne peut cependant prétendre que Taviers a livré tous ses secrets car seule une partie du site a été fouillée. Des fouilles préventives pourraient avoir lieu à Boneffe, à deux pas de Taviers, sur le site d’un projet d'un champ d'aérogénérateurs industriels.

Autres sources:
- "Annales de la Société archéologique de Namur" Tome 47. Livraison 2
- "Cantons d'Éghezée et d'Andenne", par Édouard Gérard, Ed. de 'Vers l'avenir', 1931
- "La route fermes et tumuli de Hesbaye", par Pol Wascotte, 1986

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